top of page

Clown d’intervention sociale, un métier pas comme les autres




Lucie Pascutto est clown d’intervention sociale. Un métier original qu’elle a choisi d’exercer passé quarante ans. Dans cette interview, elle nous raconte son parcours et nous partage sa passion pour ce personnage, connu de tous mais souvent galvaudé par des idées reçues.


Quel a été votre parcours pour devenir clown d’intervention social ?


L.P : A la base, j’ai un parcours plutôt « classique ». Je suis diplômée d’une grande école de commerce, titulaire d’un Bac+5 en marketing et publicité. J’ai commencé par travailler pendant dix ans dans le secteur de la publicité digitale jusqu’à fonder en 2016, une des applications mobile de méditation leader sur le marché français. A côté de ça, depuis toute petite, j’ai toujours eu la passion de la scène. La scène est moi un espace d’expression. J’ai débuté le théâtre à l’âge de dix ans, intégré le Conservatoire d’Arts Dramatiques à tout juste seize ans, j’ai fait des stages au Cours Florent et à l’école du One-Man-Show à Paris, j’ai rejoins une ligue d’improvisation jusqu’au jour où, à trente ans, j’ai découvert le clown contemporain à l’occasion d’une stage au Théâtre du Chapeau sur Bordeaux. Et là, ça a été pour moi une véritable révélation. Je suis littéralement tombée amoureuse de ce personnage. Je ne vous cache pas qu’au départ j’avais, comme beaucoup, de nombreuses idées reçues. Pour moi, clown ça voulait dire nez rouge, tartes à la crèmes et Bozo dans un cirque. En fait, pas du tout ! Lors de ce stage j’ai découvert un personnage poétique, sensible et authentique. Le clown contemporain ou clown-théâtre est une nouvelle forme de clown qui dépoussière l’image galvaudée du clown de cirque. Au début j’ai commencé à pratiquer le clown sur mon temps libre. Puis après dix ans de pratique amateur, j’ai décidé à quarante ans d’en faire mon métier. Parce que oui, être clown est un vrai métier ! Il existe même des écoles et des diplômes reconnus par l’état. Je suis aujourd’hui clown d’intervention sociale, j’ai ma compagnie qui s’appelle INSIDE OUT au sein de laquelle nous créons et produisons des spectacles de prévention, notamment autour du harcèlement en milieu scolaire.



Pourquoi avoir choisi cette voie plutôt qu’une autre ?


L.P : J’ai choisi cette voie tout simplement parce que c’est là que je me sens à ma place. C’est comme une évidence pour moi. Le jour où j’ai « chaussé le nez » pour la première fois j’ai tout de suite senti que j’étais clown depuis toujours. Les clowns existent depuis le moyen âge. Ils font partie de la société. Je suis convaincue que le monde a besoin de clowns autant qu’il a besoin de médecins, d’avocats ou de policiers. Le clown est devenu la voie professionnelle qui me permet de porter ma voix haut et fort autour de sujets qui m’interpellent.


Qu’est-ce que le clown d’intervention social et que représente-t-il pour vous ?


L.P : Le clown d’intervention social est celui que l’on retrouve, par exemple, dans les hôpitaux. Il peut également intervenir en milieu scolaire ou dans les entreprises. Sa particularité c’est d’aller au contact des gens. Le clown d’intervention sociale est un médiateur et un miroir de la société qui peut aborder toute sorte de sujets plus ou moins compliqués, voir même tabous. C’est un personnage profondément humain, qui aime les gens. Il a une sensibilité XXL par rapport à l’être humain et à la société en général. Le nez rouge, plus petit masque au monde, lui offre le super pouvoir d’observer le monde avec un regard décalé, et de le retranscrire avec justesse. Contrairement au clown de cirque, l’objectif du clown d’intervention sociale n'est pas de faire rire. C’est un personnage qui est pleinement ancré dans la réalité et dôté d’une grande sensibilité. S’il lui arrive de faire rire – et ça arrive souvent - c’est toujours malgré lui.


Comment se forme-t-on au clown d’intervention social ?


L.P : Il y a des écoles de clown un peu partout en France qui proposent des cours et des stages dans le cadre d’une pratique de loisir, comme par exemple Le Théâtre du Chapeau à Bordeaux où je me suis initialement formée. Pour se professionnaliser, le choix est plus restreint : il y a notamment l’école du Samovar sur Paris, qui propose de la formation professionnelle pour être clown avec une vocation plutôt artistique, ou encore le Bataclown près de Toulouse, qui propose un diplôme reconnu par l’état d’acteur-clown d’intervention sociale. Je me suis, pour ma part, formée au Bataclown et je recommande vivement cette école profondément bienvaillante et humaniste.


Réussissez-vous a vivre de ce métier ?


L.P : La première réponse que j’ai envie de donner à cette question c’est : oui car je ne me suis jamais sentie autant en vie que depuis que j’ai décidé de faire de cette passion un métier. Et l’autre réponse concernant les aspects financiers, car j’imagine que c’était le fond de la question est également : oui. Aujourd’hui c’est une activité dont je vis grâce à la compagnie Inside Out dédiée à la création et la production de projets artistiques dans le domaine du spectacle vivant, et particulièrement du clown d’intervention sociale. J’ai la joie de « chausser mon nez » toutes les semaines que ça soit en milieu scolaire avec le spectacle de prévention Marilou & Compagnie Stop au harcèlement, lors de déambulations sur les marchés de noël ou des festivals, ou encore dans mon témoignage-spectacle Le jour où j’ai embrassé Alfred dans lequel je partage mon parcours de vie et comment est-ce qu’à quarante ans j’ai décidé de devenir clowne professionnelle.



Un mot pour la fin ?


L.P : Je conclurai en disant que je suis convaincue que les clowns ont une vraie place à jouer dans notre société. Et sachez que nous avons tous un clown qui sommeille en nous…alors si la curiosité vous titille, n’hésitez pas à pousser la porte d’une école de clown pour révéler votre part d’humanité.

77 vues

Comments


bottom of page